11 novembre 2018

Haïkus d'automne


J'aime ces balades
Quand, dépouillée de ses feuilles,
La forêt est grise.


La chute des feuilles
Ne se fait pas en silence.
La forêt crépite.


Je marche en forêt
Sur un lit de feuilles rousses.
Du papier froissé.


Le long du chemin,
La forêt devient plus jaune.
Vais-je aussi changer ?


Il pleut fort, dehors.
Je suis au chaud sous la couette.
Un matin d'automne.


Dans l'arbre tout vert,
Une branche déjà rouge.
Tiens, oui, c'est l'automne.


Gris, le ciel si bas,
Mais la lumière en mon cœur.
Poésie, toujours.


Un canapé blanc
Au beau milieu du trottoir.
Mais la nuit est fraîche.


Dans le matin frais,
La plume blanche qui tombe.
Moment suspendu.


Dimanche d'automne
Difficile à prononcer :
procrastination.


Septembre jazzy,
Il joue de la batterie.
Il joue, c'est le mot.


Quand les feuilles tombent,
Montent les notes de jazz.
Oscar Peterson.


Il fait frais dehors.
Ici, ça ne se sent pas.
Le piano s'enflamme.


Une feuille rouge
Là, sur ma voiture blanche.
Cadeau de l'automne...


Le soleil est frais.
Le silence est dans le tram.
Tout est à sa place.


Cette pluie est fraîche.
Les oiseaux, quand migrent-ils ?
Le temps passe vite.


Pluie d'automne. Et vent.
Les feuilles rouges qui dansent.
La chaleur du thé.



Là, dans le métro,
Toujours la même mendiante.
L'automne fraîchit.


L'automne, une table,
Tête-à-tête avec ma bière.
Soirée poétique.








07 novembre 2018

Quand je me suis vu ne rien voir

Depuis le mois de septembre, je suis un atelier d'écriture intitulé "Mystère et poésie du quotidien".

La poésie du quotidien.
C'est un chemin qui m'invite. Trouver la source de l'émerveillement au jour le jour, savourer la jubilation de l'instant, j'y aspire de toutes mes forces. Parce que le mystère et la poésie représentent des échappées salutaires et rendent notre monde plus beau. L'écriture de haïkus, instants saisis, fait partie de cette démarche...

Au cours de cet atelier, il m'a été donné de répondre à deux questions qui m'ont interpellé et dont j'ai eu plaisir à chercher les réponses. Les voici.

En quoi y a-t-il du mystère dans le quotidien ?
Le jour se lève, le jour s’écoule, le jour se couche. Bis repetita. Encore et encore, litanie infinie d’une horlogerie finement huilée. Cependant, les secondes ne s’égrènent pas, c’est nous qui les distillons avec la patience de ceux qui savent qu’ils iront au bout, de toute façon. Et pas un seul pour s’étonner que les couleurs du jour ne soient jamais les mêmes. Que la trajectoire du soleil ne soit déviée, que la même seconde de la veille n’ait qu’une pâle ressemblance avec celle d’aujourd’hui, ressemblance que nous lui prêtons parce que nous n’avons pas pris le temps d’écouter le bruit de la grenouille qui plonge et que nous avons donc raté l’instant. Effarante exactitude d’un recommencement qui, contre toute attente, n’a jamais lieu. Jumeaux aussi peu semblables qu’on puisse le croire, les jours se phagocytent les uns les autres et c’est à celui qui prétendra être le quotidien suprême, qui dicte sa loi et nous impose son éternité. Nous sommes les dupes consentants de ce mensonge. Avoir vécu autant de vies que de jours, tel est notre destin. Ne pas le savoir, tel est le mystère.


Quand y a-t-il de la poésie dans mon quotidien ?
Je reviens sur la grenouille qui plonge*.
Ce n’est pas banal. Elle plonge, sans se douter le moins du monde qu’elle répondait à toutes nos questions voraces sur la beauté de la vie. C’est un petit bond pour la grenouille, mais un grand bond pour l’humain. Car il est de la petitesse de cet acte comme de l’immensité du cosmos : une infinité. La grenouille souligne de sa banalité l’infinie beauté de chacun des instants que nous nous consacrons à vivre. Elle révèle en nous cette fragilité délicieuse que nous cachons par crainte d’attirer sur nous des regards. Elle murmure à notre âme des promesses de délectations langoureuses. Elle ouvre un couteau et nous écorche doucement pour que nous ressentions pleinement la sublime douleur d’être défait de sa pudeur. Je l’entends, parfois, la grenouille. Quand j’ai baissé la garde. Quand je me suis vu ne rien voir. Quand je m’éveille soudain à la beauté. C’est alors un rayon de poésie qui vient percer l’ombre de la journée.



* Il s'agit de la grenouille de Basho :

vieille mare
une grenouille plonge
bruit de l'eau



28 octobre 2018

"Auprès de mon arbre, je vivais heureux..."

Je suis tombé sur ce poème de Liliane Wouters, extrait de son recueil "Trois visages de l'écrit", publié chez Espace Nord :


Tantième expédition parmi les hommes.
Dans chacun d'eux, il y en a
sept fois sept mille, dans chacun
le père de son père jusqu'à la
génération première.

[...]

Mais à travers tout je suis moi.
Par mon seul souffle je respire
et dans mon sang multiple je
demeure unique.



Nous avons tous une généalogie, un arbre duquel nous descendons (car l'humain descend de l'arbre et non du singe). Un arbre qui nous a abrités depuis notre naissance. La branche sur laquelle nous étions assis était celle de notre Adam et notre Ève. Père et mère. Eux mêmes issus d'autres branches, et ainsi de suite. En nous coule la sève de cet arbre aux racines parfois immémoriales.

Mais en dépit de cet héritage lourd - sept fois sept mille fois trop lourd, pourrait-on dire -, chacun de nous reste unique. Or, c'est bien souvent de notre spécificité que naît notre puissance au monde.

Ce poème me l'a dit comme pour me rappeler cette évidence à laquelle, trop souvent, nous tournons le dos...

06 juillet 2018

Bonjour

Il y a tellement de joie dans les ahanements de cette jeune chienne venue réclamer son content de caresses.

Son bonjour n’est pas dit, mais il est sonore comme le reflet de son âme canine dans ses prunelles.


Et dans le bonjour de ces deux enfants, éphémères voisins de vacances, qui s’approchent timidement pour ne pas rater la prochaine conversation qu’ils pourraient avoir avec moi.

Leur bonjour n’est pas dit non plus, mais il a la rondeur du pain que le four va bientôt délivrer.


Même tu, un bonjour est une poudre aux yeux. Pas de celles qu’on jette pour le jaillissement d’une tromperie. C’est une poudre d’or qui prend le temps de nous couvrir, et nous rend imperméables à l’indifférence.


Car si l’autre est différent, il est aussi égal. Et son bonjour a des saveurs de bonté.


Je suis toujours surpris quand je salue quelqu’un au détour d’une promenade forestière. Surpris de son bonjour, lancé parfois avec éclat, qui me cueille à l’improviste sur la terre de mes pensées.

Surpris, aussi, parfois, de mon propre bonjour offert en cadeau parce qu’à cet instant-là, j’ai envie d’offrir.


Et toujours, après la surprise, vient la joie. Car au moment de ce bonjour, ce sont deux étoiles qui ne s’ignorent plus, et dont l’éclat perdure.




                    Toscane, 2018

04 juillet 2018

Crépuscule

Et cette stupeur d'être déjà dans la nuit
Au creux d'une lumière gobée par les mouches
Avec cette lancinante, cette exaspérante question du lendemain.

Dans cette nuit orgueilleuse qui jouit du droit de reprendre ses droits
On n'est déjà plus qu'un oubli
Alors même qu'on ne se rappelle pas si demain était bien.

Les mouches, elles, ont la curiosité nerveuse de l'éphémère
Elles n'osent pas les élucubrations dont nous faisons notre lit.

Cette chape d'encre constellée de regards nous toise, infatigable,
Et même les moissonneuses en rient.
Nous n'avons pour sourire qu'une grimace.

La nuit est un éblouissement aux racines profondes qui nous prend au dépourvu,
Les yeux trop ouverts, naïfs.

On n'a pas senti les graines pulser sous la terre première.
On n'a pas fléchi sous le vent qui faisait de son mieux.
Troupeau vaquant aux têtes penchées,
Nous n'avons pas assez bu notre éveil.

Alors, nous allumons pour les mouches et leurs entêtements câlins.
Nous entamons des conversations de papier.
Nous fêlons les cloches aux bourdons trop lourds
Pour que cesse ce beuglement mat annonciateur
De la reine de la nuit, souveraine de nos angoisses.

                                                                                                Toscane, 2018

03 juillet 2018

Toscane

Quatre volètent et mille autres nous disent

Leurs quatre voluptés de papillons.

D’un battement d’ailes blanches, ils irisent

L’air que, sans vergogne, nous épions.


Quatre volètent, et cent autres nous disent

Leurs quatre gracieusetés d’hirondelles.

Chasseresses impitoyables dans la bise,

Elles nous offrent un ballet irréel.


Quatre volètent et tant d’autres nous disent

Leurs quatre entêtements de guêpes. Las  !

Elles bourdonnent partout leur gourmandise

À laquelle on cède de guerre lasse.


Sur les coteaux, au faîte des collines,

Les oliviers tracent l’ombre qu’ils peuvent,

Murmurant de leurs feuilles opalines

Des mots gras dont les grillons s’émeuvent.


Les blés loquaces haranguent le soleil

Et c’est à qui mûrira le plus blond,

Tandis que sous l’ombre de fleurs vermeilles,

Un lézard rit au frais de tout son long.


Aujourd’hui, plus rien ne bouge en Toscane.

Mais dès demain, ce sera dans les champs

Le retour de cette armée de cocagne,

Les laboureurs fidèles à leur chant.


Les collines ondoient en vagues d’or.

En leurs sommets ondoient, comme des nefs,

Des villes fortifiées aux fiers abords

Que l’on aime déjà d’un regard bref.


Là, ce ne sont que beautés et splendeurs

Dans la toile envoûtante des ruelles.

Tantôt, c’est une chapelle, ô candeur,

Tantôt, c’est une taverne, ô cruelle.


Un peu de pecorino et de pain,

Une image sainte, un bourg médiéval,

La beauté des courbes des Apennins.

C’est la Toscane, beauté déloyale.


                                                                                                            Toscane, 2018


07 septembre 2017

Pelouse

Qui de ciseaux n’a tranche d’enfin ?

Cryptogramme, bleu la faim.

Il n’est de soudain haut qu’en dessiner…

Sandale honore sur aviner.


Que je te pelouse, sonore ;

Que je te facile, faune l’aurore.

Qui ne fluette les sirènes

Quoi ? Qui ? Que ? Sereine.


Ô ma butine rouge, face,

Je n’ai d’autre diversifié si Horace.

Allons, jaune le versage :

Il me couvent d’un âge.


Auderghem, 2017