05 janvier 2026

Tromperie

Il y a
Dans la nuit
La promesse d'une caresse redoutable
Elle nous empêche de dormir
Parce qu'elle ouvre une fenêtre
À laquelle on se penche
Pour sentir l'air frais des pensées

S'y soustraire demande un effort
L'âme n'est pas consentante
D'abandonner ce trésor
Trompeur
Cette illusion tenace
Qu'au cœur de cette nuit
Se niche le joyau de la révélation

Et l'on se retrouve à creuser
Le filon
De nos désillusions
Car aucun trésor n'apparaît jamais

La nuit est une compagne faussaire
Mais comme telle
Elle n'en est que plus attirante

Et déjà
Quand coule le lait de l'aube
Nous la désirons encore une fois
Pour sa caresse redoutable 

Mer du Nord

La plage s'étend à perte de vue

    À perte de vue

Je dirais plutôt qu'on y gagne
À regarder cet infini
La mer et la plage
Sont en conversation
Elles parlent d'elles-mêmes

Vaste sujet

Le vent s'en mêle
Il y met son grain de sable
Mais la machinerie tourne bien
Qui me happe
Dans cet infini
Que je regarde
À perte de moi




À Pasc, Tom, François, Rémi et Martin

Mon pays

Je cherche toujours le pays
Où je peux être moi à part entière

À temps plein

Je l'imagine vaste
Car être moi ce n'est pas rien
Ça demande bien des sentiers

Pour déambuler

Bien des sommets pour s'élever
Bien des gouffres pour plonger
Bien des nuages pour rêver
Bien des horizons pour s'interroger

Et surtout, un beau désert pour l'anxiété.

À t'entendre
Dit le sage
Ou l'enfant
À t'entendre
Je dirais que ce pays
Est en toi depuis toujours
Mais tu n'as pas encore ouvert les frontières

Douanier

Un chemin

Dans une venelle de mes pensées
J'ai rencontré un de mes possibles

    Le poète

Il cherchait son chemin
Mais je n'ai pas pu l'aider
Je cherche aussi le mien

On s'est alors assis à une terrasse
On a commandé un coucher de soleil
Et un air de mandoline
Pour bavarder un peu

Et on a compris que
    Cette terrasse
        Ce coucher de soleil
            Cet air de mandoline

Traçaient notre chemin

25 décembre 2025

Qui sait ?

Ne pas savoir.
Ne pas toujours savoir.
Ne pas toujours interroger.
Qui a levé la main ?
Y a-t-il forcément une réponse ?

Ne pas savoir.
Ne pas toujours savoir.
Laisser l'incertitude prendre ses quartiers.
Parier sur ce qui sera.
Ou ne sera pas.
Qu'a-t-on à perdre ?

Ne pas savoir.
Ne pas toujours savoir.
L'inconnu est parfois fréquentable.
Il est de bonne famille.
Il est de bonne volonté.
Il n'a pas de mauvaises intentions.
Parfois.

Ne pas savoir.
Ne pas toujours savoir.
Le hasard aussi cède à l'ignorance.

23 décembre 2025

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Il est une chose que j'ai comprise récemment sur mon chemin d'étude, c'est la détestation que j'ai de la violence. Voilà un câblage qui ne s'est pas fait lors de ma conception. Je n'ai pas la structure interne nécessaire à la production de la violence.

Je ne parle pas de la violence de la colère, celle qui se manifeste par une voix forte et un regard courroucé. Je parle de la violence que l'on qualifie généralement de gratuite. Celle, donc, que l'on voit au JT, dans les films, dans les livres, sur les réseaux sociaux (que j'ai quittés, Dieu merci), et qui est voulue (car, oui, je prétends que la violence des JT est voulue, mais c'est un autre débat). Celle-là, je ne suis plus capable de l'encaisser. Même lorsqu'elle se situe dans le champ de la fiction. Je ne regarde plus de films réputés violents. Je ne lis pas de romans violents. J'ai arrêté de lire, par exemple, les aventures de la Compagnie Noire, de Glen Cook.

La violence y est présente depuis le début, tout est noirceur, et l'environnement m'a fait fuir. Je ne suis plus capable - l'ai-je jamais vraiment été ? - de supporter cela.

Dans mes jeux, aussi, la violence tend à disparaître. Je ne veux plus de brutalité pour la brutalité. Certes, je joue à Warhammer ou Mordheim, des univers violents.


Mais ce sont, avant tout, des univers ludiques, des histoires "de pirates", c'est-à-dire que l'enfant y trouve son compte car elles ne font pas peur. La violence n'y est pas gratuite, elle est contextualisée, et on ne se blesse pas pour de vrai. Dans certains romans, et je cite encore la Compagnie Noire, il m'a semblé ressentir une complaisance pour la violence. C'est cela que j'évite.

Ce que je dis des livres et des jeux, je le dis aussi des films. J'ai vu, il y a longtemps, Orange Mécanique, de Stanley Kubrick.


Je ne crois pas que je serais capable de le revoir maintenant.

Je peux paraître un bisounours. Soit, j'assume. Le monde réel est assez violent en soi pour qu'il me paraisse inutile d'aller chercher la violence dans l'imaginaire d'un livre, d'un jeu ou d'un film. Alors, pourquoi le font-ils ? Pourquoi des auteurs et autrices vont-ils remuer la vase pour faire remonter la violence dans leurs œuvres ? J'imagine qu'il s'agit d'un exutoire pour toute la violence que la vie a implantée en eux. Je reçois de la violence et, comme les coups, je la rends. C'est peut-être une colère qui s'exprime par l'art pour ne pas s'exprimer en réalité. Il y a sans doute d'autres raisons.

Je ferais plutôt le choix de reléguer cette violence derrière un voile de douceur, de la compenser par la douceur. De proposer autre chose, en alternative. Puisque le monde est violent, rendons-le doux. Certes, je ne porte pas de colère en moi. La vie ne m'a pas donné de raisons d'exprimer de la colère et de la violence. Je ne peux sans doute pas comprendre les raisons qui poussent à injecter de la violence dans l'art. J'en appelle simplement à ce qui me paraît, tout de même, un peu de bon sens. La violence ne guérit pas de la violence. La douceur, la bonté, la bienveillance, l'amour, si. 

21 décembre 2025

Harmonie

Cette nuit, j'ai cessé de dormir.
Alors je me suis levé.
Et au détour de cet égarement,
Je me suis rencontré.
J'étais là, au bord du chemin, assis.
Je m'attendais.
Tu en as mis du temps.
Je suis parti depuis longtemps
Mais d'un pas lent.
Cheminons ensemble, veux-tu ?
D'accord, mais en musique.
Choisis un CD.
Cette nuit, insomnie rime avec harmonie.