Poèmes, haïkus, réflexions, idées, coups de cœur et autres raisons d'écrire un mot ou deux...
13 avril 2020
12 avril 2020
Il y a des mots qui riment et des mots qui ne riment à rien
Il y a des mots aimés et des mots détestés
Il y a des mots aériens et des mots telluriques
Il y a des mots tôt et des mots tard
Il y a des mots qu'on cherche et des mots qu'on trouve
Il y a des mots évidents et des mots improbables
Il y a des mots qu'on dit et des mots qu'on tait
Il y a des mots singuliers et des mots pluriels
Il y a des mots rencontrés et des mots croisés
Qu'est-ce qu'on entend dans le mot écriture ?
L'écriture, c'est une promesse de rature, un cœur en pâture, une imposture, l'annonce d'une biture... Mouais, pas terribles les rimes en voiture ou toiture.
Alors, à part ça, qu'est-ce qu'on entend dans l'écriture ? Eh ! bien, un cri. Oui, l'écriture est un cri, bien sûr. Un cri, des cris, les cris. Les cris durs.
Et contrairement aux paroles, éphémères, l'écrit dure.
Donc, les cris durs de l'écrit durent.
Voilà, on tient un bout d'écriture, là !
Quand l'ombre est arrivée, je l'ai remerciée. J'aime le soleil, certes, mais depuis l'ombre. J'ai besoin de son abri. Je le fais confortable. J'y étend un tapis. Tapi dans l'ombre. Et là, sans l'ombre d'une hésitation, je lui demande, à l'ombre, de me raconter ses histoires mystérieuses.
Excuse-moi, dit la flamme. Je te prends à froid et tu n'es peut-être pas très chaud pour ça, mais j'ai une question qui me brûle les lèvres. Et je n'ose pas la poser.
Comment ? "Il faut que tu te lances, flamme."
Oui, tu as raison. Alors, feu à volonté. Après tout, je ne vais pas me faire descendre, hein. Descendre. Des cendres. Ha ! Ha ! Non, ce n'est pas drôle.
Pardon ? "Ce que j'ai fumé ?"
Mais rien du tout. Pourquoi ?
"Parce que ce que je dis est fumeux."
Oui, c'est vrai. Bon, j'y vais, il faut aller au charbon. Mais tu vas me prendre pour une allumée. Donc, la question : est-ce que tu braises ?
6 avril 2020
Je sens l'écriture comme une joie
Je sens l'écriture comme une rencontre
Je sens l'écriture comme une difficulté
Je sens l'écriture comme un chemin
Je sens l'écriture comme un hasard auquel j'ai du mal à me remettre.
Je sens l'écriture comme une joie qui ne cesse de me surprendre.
Je sens l'écriture comme un avalement lent, parfois inexorable. Parfois, seulement.
Je sens l'écriture comme une évidence. En tout cas, chez les autres.
Je sens l'écriture comme une géographie, avec ses territoires à explorer. Ou pas.
Je sens l'écriture comme parler à tout le monde à la fois.
Je sens l'écriture comme une libération. Mais de quoi ? Mystère !
Je sens l'écriture comme un tombeau. Ou ce que j'emporterais au tombeau.
Je sens l'écriture comme un sanglot que j'ai du mal à laisser sortir.
Je sens l'écriture comme une larme que d'autres versent à ma place.
Je sens l'écriture comme une jarre d'eau : c'est un peu lourd, mais c'est bon.
Je sens l'écriture comme un cheval : superbe mais un tantinet impressionnante.
Je ne peux pas écrire. Pas toujours.
Je suis parfois sans. Sans le besoin.
Je sais pourquoi. C'est le bruit.
Pas celui des tondeuses ou des livreurs de pizzas. Ces bruits-là ont droit de cité.
C'est un autre silence que je cherche.
Il se tapit derrière mes bruits.
Ces voix qui couvrent tout et me laissent sec.
Ces murmures qui grimacent, sournois.
Ils font taire le silence.
Mais parfois, j'ai des oreilles de vide où se dissolvent les bruits, où les grimaces n'ont plus de griffes.
Alors, quand je rencontre cet infini, je le laisse me parler de tout ce qu'il y a dans le silence, et j'y dégaine la force de tarir les bruits.
Et dans l'écho qui reste de leur agonie, je reçois enfin ce silence sans lequel je ne peux écrire.
26 février 2020
17 février 2020
Qu'est-ce qu'un bain de forêt ?
Il échappe à toute définition. Faites-en ce que vous voulez. Comment voulez-vous définir ce qui pourrait être un bavardage d'étoiles autant qu'une excuse d'absence ? Faites-en ce que vous voulez, il sera assez tôt l'heure de rendre des comptes.
Dans quel cas est-il utilisé ?
Chaque cas est unique, comme chaque arbre. On n'échappe pas à la multiplicité rayonnante des possibles. Vous avez deux heures.
Composition du bain de forêt
Il serait fastidieux d'énumérer ici les traces infinies qui mènent à l'essence du bain de forêt. Qu'on se contente d'entrevoir une fin qui jamais ne surgira. Soyons, pour une fois, avares de curiosité.
Quelles sont les informations à connaître avant de prendre un bain de forêt ?
Tout au plus peut-on suggérer de s'enquérir de l'envergure des anges, du poids de la honte et des tonalités des songes. Toute autre inquiétude tiendrait du persiflage.
Cela dit...
On déconseille le bain de forêt en cas de gueule de bois.
L'avertissement sur l'usage de l'avertisseur est à prendre au second degré et avec les précautions zélées du parfait iconoclaste.
Enfants et adolescents sont admis sur présentation de leur certificat de complète hébétude.
Le bain de forêt exclut tous les autres médicaments au nom de l'équité poétique.
Ne sont pas contre-indiquées grossesse, fécondité et allaitement, contrairement à la mauvaise foi et aux signes extérieurs de désorientation.
Comment prendre un bain de forêt ?
Avec des pincettes.
Si vous avez pris trop de bains de forêt, vous êtes un menteur ou une menteuse. On ne prend jamais trop de bains de forêt. On profane des tombes, oui. On proclame des défaites, oui. On programme des fêtes, oui. Mais point trop s'en faut. Alors que pour le bain de forêt, ma foi...
Fréquence d'administration
Ne pas dépasser un bain tous les instants fragiles. Préférer une immersion coupable à un hésitant va-et-vient. Ce n'est pas la fréquence qui compte, mais l'extase. Alors, plonger les deux mains et broyer les doutes. Hors cela, point de salut. On notera l'emphase qui a surgi.
Quels sont les effets indésirables éventuels ?
Chez certains, le bain de forêt peut provoquer des sourires lactés, démangeaisons des pulsions, surtout en quinconce. Parfois apparaissent des simplicités ou des évidences : elles sont passagères et néanmoins prospères. À ne pas confondre avec les nodosités d'une fulgurante amnésie, de type Robespierre, signalées dans certaines yourtes polygames. Rien à voir avec les fenêtre hurluberlues qui traînent leurs onctuosités sans ambages. Mais rien n'est irréversible.
Témoignages
Il y a toi, forêt.
Et puis, il y a celui aux chaussures obtues qui parle du bruit de ses pas dans les feuilles onctueuses du souvenir.
Et puis, il y a celle aux yeux pourtant mâtins dont l'écho de la voix murmure encore les mots des blessures à l'ombre des feuillages.
Et puis, il y a cet enfant incrédule qui seul n'a pas vu l'âme de l'arbre s'envoler de pudeur et regarde le sourire en coin de son père.
Et puis, il y a la mémoire partagée sous les voûtes de ces deux dos, unis depuis l'aube première par les mains ridées de l'amour.
Et puis, il y a tant de questions laissées à l'abandon par ceux qui cherchent les réponses dans l'absence d'eux-mêmes.
Et puis, il y a ces âmes envolées, sentinelles sereines qui veillent aux extrémités cardinales des branches infinies.
20 janvier 2020
Signé : la Forêt des Carnutes
Il me semble que sous les ombrages d'une forêt, je suis oublié, libre et paisible comme si j'échangeais mon manteau d'une étoffe protectrice mais étouffante pour l'élégance d'une illusion de sérénité. Ainsi dévêtu, je puise en d'infinies répétitions au souffle de la liberté, confiant dans le secours des lucioles, des feux follets, des elfes, pour tisser le velours calme de mes ombrages intérieurs.
26 décembre 2019
Bref...
Où la nuit concède sans vraiment abandonner
Où le jour ne goûte pas encore son triomphe
Elle a de ces échappées, la nuit.
Elle se présente à l’huis, mais à peine résonnent les coups portés, elle a fui.
Elle se refuse au drap.
Elle ignore la paupière lourde.
Elle boude le sommeil.
Et c’est un jour nouveau qui point lors que la lune voyage encore.
UN AUTRE
Qu'as-tu à me dire, ô moi-même, que je ne sache déjà ?
Tu parles de secrets, mais je n'en ai pour personne.
Tu parles de mystères, et j'ai déjà tant de stupeur.
Tu parles d'inconnu, et celui-là éveille ma crainte.
Si ce que tu as à me dire n'est
Ni un secret, ni un mystère, ni un inconnu,
C'est que tu parles à un autre que moi.
NOUVELLES DU FRONT
ENTRE CHIEN ET LOUP
J’ai voulu capturer de la plume cet instant mi-ombre, mi-jour, où la nuit vient prélever son dû.
J’ai échoué. Je suis encore trop chien et pas assez loup.
On se pose parfois tant de questions. Trop.
On alourdit le bagage.
C'est idiot. On marche mieux léger.
Tiens ! Ce n'est pas mal, ça.
Je vais l'ajouter au bagage. C'est une bonne idée ? Non ? Si ?
OCCASION MANQUÉE
Pourtant, je l'avais au bout de la langue. Au bout des doigts.
Il s'est rétracté. Il n'était pas près.
Poème.
À LA DOUANE
Ma table grince.
J'aime bien ce mot. J'aime ce bruit.
Une incongruité dans le silence souhaité.
D'un côté, l'absence de bruit. De l'autre, l'existence de bruit.
Une frontière surveillée par le sourire d'un douanier.
Je n'ai rien d'autre à déclarer.
IMMENSE
Il se passe parfois tant de choses dans un instant
qu'on imagine un abysse de vie
par-delà l'écho de nos ignorances.
VACARME
Brusquement, la maison s’emplit de pas.
Danse des pieds dans l’au revoir de la nuit.
Des baisers qui s’allongent pour mieux redessiner la carte de demain.
ENFIN !
Tu en a mis du temps pour me rejoindre !
Ai-je tant hésité que tu as battu la campagne
de mes mots sans oser venir à ma rencontre ?
QUAND ÇA GRATTE
Ce ne sont que quelques mots.
C’est une feuille qui demande qu’on la gratte pour apaiser ses démangeaisons.
Mais elles sont dans mes doigts, ces démangeaisons.
Il faudrait tout de même éviter de confondre l’outil avec le placebo…
CERTITUDE
Parfois, je doute.
Je doute même souvent.
Je doute tout le temps, en fait.
J’en viens même à douter de mon doute. Il m’apparaît parfois douteux. Trop pétris de certitudes.
Je ne m’en étais jamais douté mais là, aucun doute : je me complais dans le doute.
Vous en doutiez ?
PRESSÉE
Attends ! Ne va pas si vite. Ne te hâte pas, j’aimerais faire encore quelques pas avec toi. Ta compagnie m’est agréable. Une conversation aux pattes de mouche. L’encre des idées n’est pas encore sèche que les mots se couchent déjà. Cette hâte, je la reconnais. J’avais la même. C’est celle qui m’attend, chaque jour. Elle m’attend, forcément : dans sa hâte, elle me précède toujours.
VINCENT
Moi, je lui ai parlé. Lui, jamais.
Pas un mot. Mais des regards. Je ne les ai pas compris. Même maintenant, ils m’échappent.
Tant mieux, je ne supportais pas leur solitude. Ils parlaient une langue que j’abhorre. Pourtant, je suis sûr qu’au fond de nous, une once d’éternité avait compris.
Les yeux des frères.
IMPOSSIBLE RÊVE
On se contredit, on se raisonne au-delà des espoirs, on ligote bien serré le paquet de ses songes pour mieux le lester de pensées.
Et on longe le canal pour y trouver le trou le plus noir.
La fenêtre est close, volets figés.
Alors, on se retourne vers le cœur de bakélite qui bat dans une poitrine froide.
On rêvera demain. Peut-être.
18 décembre 2019
16 décembre 2019
Tu le prends au rebond
Bien plus féconde
Il en tombera une colle
Abandonne
Abandonne
Là
20 novembre 2019
19 novembre 2019
Je devrais te...
Mais muet
Mots retenus, pas envie de sortir
Forêt, je te prie de m'excuser
N'est pas Tolkien qui veut
Difficile de te...
Tu vois, forêt
Astérix ne se pose pas de questions
Merlin non plus
Ni Robin, ni Jean-Pierre
Moi, forêt, je te...
Ne sais pas le dire
Pas ce soir
Pas magique
Tu me dis : mange
Tu me dis : chante
Mais moi, non
Je te...
Forêt, je te déçois
Évidemment
Et toi, bientôt
Tu me Soignes
C'est un pas qui jamais
N'aura l'écho des lois
Le cuir et la boue
Rejouent la noce
Le souffle a son content
De sentiers éperdus
Qui me dit que ces sentiers sont muets ?
Ils bruissent de tous leurs yeux
Et sont les amis
De mon parfait secret
Ils sont la pâture
Où je défroque mes évidences
pour mieux les cerner de doutes
Les paupières d'écorce
Ouvrent d'impossibles retraites
Que je me plais à montrer du doigt
Pour signaler la dupe
Que je ne suis pas
Pupilles rieuses
Vous ridez les feuilles
Qu'agitent mes intranquillités
Souterraines
Ma caverne est votre arène
Et nous livrons combat
Œillades obliques
Aux détours des silences
Il n'est pas une goutte de sève
Qui ne sache jusqu'à mon nom
Aucun habitant de m'épargne
Son clin d'œil
Je suis livré
Je suis l'ivresse
Qui me gagne
Vaincu
Par le cuir
La boue
Le sentier
Et tous ses regards