12 novembre 2019

13 décembre 2018

bord de falaise en Bretagne
un dimanche paresseux
une balade oxygénée
je laisse mes pas me guider
mauvaise idée
un mauvais pas en entraîne un faux
je glisse
je tombe
oui
oui
de la falaise
je tombe
je vais m’écraser sur les rochers
tout en bas
je hurle
évidemment
je gesticule comme un pantin
j’ai le ventre noué devant la mort inexorable
soudain
ma chute s’arrête
je suis en suspension dans l’air
je flotte à quelques mètres de ces rochers pointus qui étaient censés me tuer
je regarde autour de moi comme si un explication allait surgir
rien ne bouge
même pas la mer
elle est immobile
la mer
il n’y a pas un bruit
on dirait que le temps est arrêté
je vérifie sur ma montre
oui
le temps est arrêté
en tout cas
ma montre l’est
le temps s’est arrêté et là
au milieu de ma chute qui
sans cela
eût été mortelle
je me dit

ça tombe bien !

15 novembre 2018

Hektor Siebenacht, 39 ans, employé au service contentieux des assurances Kata, dit “Le procrastinateur”. Ce sera notre personnage principal. Peut-être même le seul. L’auteur doute. Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”, est devant son ordinateur. Il procrastine. Décidément difficile à prononcer, ce truc. Mais Hektor ne prononce pas, il chantonne. Une sorte de la la la mêlé de wo wo wo. Hektor semble apprécier. Son doigt danse sur la souris. Vas-y Hektor, déchaîne les démons de minuit. La la la. Et Hektor de tenter la prononciation du titre, en anglais. Sans succès. L’anglais, c’est pas son truc, à Hektor. Lui, ce serait plutôt le portugais, l’assistance aura deviné. Bref, Hektor apprécie et procrastine à l’envi. À l’envi ? Non. Hektor a une conscience professionnelle, tout de même. Cela fait maintenant une bonne demi-heure qu’il aurait dû commencer à encoder des listes alphanumériques ternes comme des dépressions d’automne. On peut comprendre le manque d’entrain. Allez, Hektor, encore une chanson, même en anglais. Hektor étant un homme de chiffres, il se fixe même un délai. Respecter un délai, c’est toute une aventure pour Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”. Pourtant, les limites, ça cadre, comme dirait le tableau de maître. Aie ! Nous interrompons nos programmes artistiques pour un problème de déception. Non, le morceau actuel ne plaît pas à Hektor, il faut changer, vite ! Quelqu’un pour s’en occuper ? Hektor fera cela très bien. Hektor Siebenacht, 39 ans, employé au service contentieux des assurances Kata, dit “Le procrastinateur”. Ce sera notre personnage principal. Peut-être même le seul. L’auteur doute. Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”, est devant son ordinateur. Il procrastine. Décidément difficile à prononcer, ce truc. Mais Hektor ne prononce pas, il chantonne. Une sorte de la la la mêlé de wo wo wo. J’ai déjà entendu ce wo wo wo, Hektor. Oui, Hektor, moi aussi. C’était quand ? C’était maintenant Hektor. Maintenant, tu es sûr, Hektor ? Oui, Hektor, j’y mettrais ma main à couper, aussi vrai que je m’appelle Hektor Siebenacht, 39 ans, employé au service contentieux des assurances Kata, dit “Le procrastinateur”. Ce sera notre personnage principal. Peut-être même le seul. L’auteur doute. Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”, est devant son ordinateur. Il procrastine. Décidément difficile à prononcer, ce truc. Mais Hektor ne prononce pas, il… Hektor ? Oui, Hektor ? Ah ! Tu es là aussi. Oui, je suis là, et Hektor aussi. Ah ? Hektor est là ? Oui, il procrastine. Tiens, c’est marrant, moi aussi je procrastine. Excusez-moi, monsieur, on se connaît ? Pardonnez-moi, je me présente. Hektor Siebenacht, 39 ans, employé au service contentieux des assurances Kata, dit “Le procrastinateur”. Ce sera notre personnage principal. Peut-être même le seul. L’auteur doute. Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”, est devant son ordinateur, il pocas… kofastipe.. Pfokassisk, enfin, il est là et il ne fait rien qu’à m’embêter de perdre son temps, Hektor. Ce n’est rien mon petit, reprends de la purée, regarde, c’est celle que tu préfères, la purée Hektor Siebenacht, 39 ans, employé au service contentieux des assurances Kata, dit “Le procrastinateur”. Ce sera notre personnage principal. Peut-être même le seul. L’auteur doute. Hektor Siebenacht, dit “le procrastinateur”, est devant Hektor, il Hektore. Hektor ? Hektor. Hektor Hektor, Hektor ? Hektor… Hektor… Hektor… Hektor…

07 novembre 2019

13 septembre 2018

L’ennui posait sur le monde un regard amusé tant il avait bien travaillé :
partout, au cœur de la nuit, les rêves étaient barbants.


L’ombre s’étendit de toute sa longueur, et ce fut beau de voir la surprise dans l’œil du soleil.


Aucun de ces mots ne pourra jamais révéler le secret de ma vie !


Si pour toi j’ai de l’amour, et Dieu sait si j’en ai, ce ne sera jamais dans le silence et l’intérieur.


Si tu ne viens pas me dire ta joie, je le prendrai comme un acte pur de malice.


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En quoi y a-t-il du mystère dans le quotidien ?
Le jour se lève, le jour s’écoule, le jour se couche. Bis repetita. Encore et encore, litanie infinie d’une horlogerie finement huilée. Cependant, les secondes ne s’égrènent pas, c’est nous qui les distillons avec la patience de ceux qui savent qu’ils iront au bout, de toute façon. Et pas un seul pour s’étonner que les couleurs du jour ne soient jamais les mêmes. Que la trajectoire du soleil ne soit déviée, que la même seconde de la veille n’ait qu’une pâle ressemblance avec celle d’aujourd’hui, ressemblance que nous lui prêtons parce que nous n’avons pas pris le temps d’écouter le bruit de la grenouille qui plonge et que nous avons donc raté l’instant. Effarante exactitude d’un recommencement qui, contre toute attente, n’a jamais lieu. Jumeaux aussi peu semblables qu’on puisse le croire, les jours se phagocytent les uns les autres et c’est à celui qui prétendra être le quotidien suprême, qui dicte sa loi et nous impose son éternité. Et nous sommes les dupes consentants de ce mensonge. Avoir vécu autant de vies que de jours, tel est notre destin. Ne pas le savoir, tel est le mystère.


Quand y a-t-il de la poésie dans mon quotidien ?
Je reviens sur la grenouille qui plonge.

Ce n’est pas banal. Elle plonge, sans se douter le moins du monde qu’elle répondait à toutes nos questions voraces sur la beauté de la vie. C’est un petit bond pour la grenouille, mais un grand bond l’humain. Car il est de la petitesse de cet acte comme de l’immensité du cosmos : une infinité. La grenouille souligne de sa banalité l’infinie beauté de chacun des instants que nous nous consacrons à vivre. Elle révèle en nous cette fragilité délicieuse que nous cachons par crainte d’attirer sur nous des regards. Elle murmure à notre âme des promesses de délectations langoureuses. Elle ouvre un couteau et nous écorche doucement pour que nous ressentions pleinement la sublime douleur d’être défait de sa pudeur. Je l’entends, parfois, la grenouille. Quand j’ai baissé la garde. Quand je me suis vu ne rien voir. Quand je m’éveille soudain à la beauté. C’est alors un rayon de poésie qui vient percer l’ombre de la journée.

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Visiteuse

Patience.
Le noir est absence de temps.
Brillance de l’impeccable.
Une netteté aux pattes de velours, griffes acérées.
Elle est assise.
Elle patiente.
Voluptueuse statue dont le seul frisson est celui que le vent inspire au pelage.
Elle pose, enveloppée de toute sa superbe, au cœur du panache de la queue qui enserre ses pattes.
- Dis donc, féline, on ne s’est pas rencontré à la mi-août ?
- Très drôle, me dit-elle. Cela mérite mon dédain.
Puis, elle ferme ses yeux verts. Et s’éternise dans son attitude.
Je capte à nouveau son attention.
Elle m’observe.
Une main s’avance, le cou se tend.
Et c’est la rencontre.
Caresse flatteuse, et la réponse en R.
Elle rrrrronrrrrrronne, semble aprrrrrrécier.

Je suis apprivoisé.
Est-elle apprivoisée ?
Elle est libre, avant tout.
- Je te laisse, me dit-elle en bondissant vers un ailleurs que je ne connais pas.

- À bientôt. Reviens quand tu veux, tu es déjà chez toi.

Orange, couleur grenouille

Orange.
Face à l’immensité du vert, elle n’a que l’orange vif de sa peau humide.
Elle est immobile.
Elle contemple. Deux grands yeux fixes, deux fentes sombres cerclées de jaune. Et, dessous, le trait net de la gueule. Silence imposé.
Les pattes arrière sont pliées, mais le bond n’est jamais loin.
Les pattes avant veillent.
On sent la tension. On devine l’observation. Le monologue...

Je ne te perds pas de vue, le chat.
Je suis la grenouille que tu examines.
Je suis la question que tu te poses.
Et je tâche de lire la réponse dans tes mouvements. Mais tu ne bouges pas.
Es-tu fasciné ?
Es-tu en alerte ?
Es-tu simplement subjugué de tant de petitesse ?
Je n’ai pas la taille d’un poing d’enfant.
L’herbe est ma forêt, ce jardin est un univers que je traverse.
Météore au ralenti, instantané de la course d’un astre.
Je brille par le contraste que je crée par ma seule présence.

Et elle, qui nous observe tous deux, ne sait si l’un de nous finira par faire le premier pas.

Et lui, qui n’est pas là, ne sait qu’il fera un jour, de cet instant, la minutieuse révélation.

Miniature de grenouille

Petite créature, toute petite création, réduction à l’essentiel, quelques points.
Ou plutôt, un point virgule. Le corps soubresaute et traverse le chemin.
Une noirceur.
C’est la mouche sur le drap blanc qui sèche.
C’est un vent improbable qui soulève une brindille.
Mais comment l’accident n’a-t-il pu avoir lieu ? Est-ce son regard qui a croisé le mien comme pour l’avertir ? Elle était là, invisible parmi les invisibles et pourtant je l’ai vue.
Elle s’est même arrêtée.

Salutations de l’infiniment petit. Le macro et le micro. Et c’est le micro qui a plus à dire. Qui a tout à dire.
Je n’y prenais garde, elle m’a ravi mon inconscience.

Adieu, petite, je t’ai bien entendue.
Surtout ne change pas.

C’est à moi de le faire.

Eux

T’es-tu jamais posé la question du hasard ?
Cette marche infinie vers plus de chaos. Jubilation jusqu’au silence, l’infini pour seul rendez-vous.
Un chat.
Il attend.
Il risque d’attendre longtemps, le train est en retard.
Alors, il cause. Il cause littérature et poésie avec une grenouille.
C’est alors qu’il devient autre. Son chant funèbre s’élève jusque dans l’immensité des nuages.
Blancheur lactée du froid,
crevaison en milliers de gouttelettes,
imposture du soleil voilé de ses tristesses.
Et ça dure.
Et ça dure encore plus longtemps que l’éternité, juste un moment furtif, le regard d’une tortue qui se fixe.
“Je n’ai pas peur, moi, du changement”, dit la grenouille. Et le chat la regarde, encore.
Il veille, lui. Il la protège.
Nouvelle métamorphose, une guêpe cette fois.
Vibration de l’air, vrombissement ténu, un souffle infinitésimal, pur.
Je me sens plus fort.
J’atteins le point d’orgue de mon impatience,
je n’ai pas d’autre espoir que celui de vivre au-delà de mes rêves,
tant la fragile existence qui s’écoule me laisse indifférent.
Je suis au seuil de tous les possibles, je suis plus haut que le simple “pourquoi pas ?”, je crée.
Ni queue, ni tête, juste une succession de notes sur une portée hors de portée.
Je n’ai pas de chance. Ou peut-être en ai-je tant qu’elle me brûle les doigts,
je m’en débarrasse comme d’une braise tombée soudain au creux de ma main,
fascinante blessure qui me marque.
Mais je n’ai toujours pas peur.
Je suis.
Je deviens.
J’ai le temps.