23 décembre 2022

Avancer

C’est comme marcher sur une lande

Avec un tel vent contraire que

L’on n’avance pas


C’est comme la porte ouverte d’une prison

Mais la chaîne est si lourde que

L’on n’avance pas


C’est comme une montagne qui se raidit

Et devient tellement paroi que

L’on n'avance pas


C’est comme le chant d’une sirène

Mais un autre chant sonne si funeste que

L’on n’avance pas


C’est comme si toutes les entraves du monde

S’étaient entendues sur cette immobilité

On a beau gesticuler

L’âme a perdu son élan

Et l’on n'avance pas


Alors un poème





                                                                                        Auderghem, décembre 2022


17 décembre 2022

Errer

C’est

Un chemin qui ondoie d’ombre en clarté

Une sente laborieuse où grommellent des dos voûtés

Une allée de parfums tenaces que l’on connaît les yeux fermés

Une route jonchée de fleurs qui cachent bien leurs épines

Un sentier bruissant des échos qu’y déposent les graviers bavards

Une piste qui se rit de nos égarements

Une allée qui révèle la silhouette sévère de la vérité


Sur

Ce chemin, nous ne sommes que pèlerins

Cette sente, nous trébuchons

Cette allée, nous sommes seuls

Cette route, nous sommes nombreux

Ce sentier, nous nous prenons à espérer

Cette piste, nous croyons à la beauté

Cette allée, nous nous trompons


Et c’est justement cette errance qui nous mène à bon port.




Auderghem, décembre 2022

08 novembre 2022

Les gens silence

Les gens silence ont-ils perdu le bruit ?
Ils ne s'entendent pas.
Trop sourds pour voir que personne ne les écoute.

Les gens silence font dans le noir
Des gestes muets
Accrochent des mots de rien au mur du son
Et s'époumonent à grandes brassées de vide

Les gens silence discutent avec les ombres
Dans des conversations aphones
Rient aux éclats de néant

Les gens silence ne disent rien qu'en hurlant

Seuls

Juste un moment dans le grand mouvement de l'immobilité
Comme un archet en l'air
Le suspens des dires
On palpe le velours qui fait la nuit probable
et on se dit qu'ailleurs, le geste s'estompe déjà
On comprend qu'on est le lendemain du souffle
Qu'on avait laissé choir sur les heures finies
Il n'y a que soi et la kyrielle de visages que l'on ne devine pas
Ils nous scrutent comme on pose un manteau
sur des épaules qui tremblent
Sanglot ou froid
On reçoit cette main posée
On baise les doigts qui effleurent
On voudrait leur tendre un sourire
Pourtant, on est seul
Tout n'était qu'illusion
Ou peut-être le souvenir d'un âtre
Par une aube de pluie
Autour, ils sont là
Les rejoindre
Ou, au contraire, ôter la couverture
Poser les pieds sur les minutes froides
Et se préparer à la nuit de veille entre soi et l'âme.
Au fond, a-t-on le choix de la solitude ?


Forêt de pluie

Il y avait ce visage gris qui me scrutait.
Je n'ai pas compris s'il voulait m'avertir ou m'attirer dans ses filets.
J'ai choisi la deuxième offrande.

Et puis, il y avait ce souffle ample qui gonflait mes pas.
Allais-je devenir cargo au long cours ou coque de noix ?
J'ai choisi la deuxième offrande.

Et puis, il y avait ces menaces liquides.
Un ultimatum avant l'apothéose promise.
Serait-ce une ondée de velours ou la cataracte des neuf anneaux ?
J'ai choisi la deuxième offrande.

Enfin, il y avait ce monde dans lequel je voulais entrer.
Cathédrale d'écorce veinée de sentiers infiniment longs, infiniment lointains
Où la boue déjà se taisait de contentement.
Je suis entré.

Le visage a parlé son patois.
Le souffle a déposé sa vigueur.
La menace s'est mise à exécution.

Et sous la voûte émeraude de l'édifice,
J'ai reçu la bénédiction du ciel comme un baiser
Et soutenu la gifle de l'émerveillement.


09 octobre 2022

Jasette

On a frappé à ma nuit.
C'était la lune.
Elle avait perdu son chemin par une distraction étourdie.
Rêveuse...
Elle fait des songes océaniques,
Parfois se trompe d'étoile pour tourner à gauche.
Nous avons eu une conversation d'albâtre
Et même un peu refait le monde de la nuit.
Nous avions le temps et quelques mots de trop.
Quand la paupière du jour s'est levée,
La lune a retrouvé la mémoire.
Elle m'a quitté sur une promesse de retour
Et quelques excuses pour les miettes
Qu'elle avait laissé tomber
Du pain de la nuit.
J'en ai eu l'eau à la bouche
Et - pourquoi le taire ? -
Le vague à l'âme.
Une étourderie, à mon tour...

30 septembre 2022

Le bois dont on est fait

Une voix module, envoûtante, les inflexions de l'âme.
Des paysages déambulent sur sa rétine, les yeux baissés, songeurs.
Il naît des instants de pinceaux levés, des attentes de lumières.
C'est un peu de la vie qu'on entend en rythmes disparates.
Et c'est beau.
Elle nous parle de ces lointains qu'on touche du désir.
Elle nous rappelle que, nous aussi, nous avons nos pluies drues sur des feuillages harassés.
Elle lance un mot que nous éprouvons à peine, et c'est comme si la clarté d'un livre naissait par erreur.
Combien de ces voyages fait-on dans une vie ?
Sont-ils tous de bateaux rouillés et de pieds nus ?
Là-bas, d'autres écorchés, d'autres bonheurs, d'autres nous-mêmes que nous n'osons pas connaître.
Pour eux, nous sommes du même bois.
Celui dont on se chauffe le creux des mains.
Le bois des rencontres qui construit le foyer et les marches pour y parvenir.
Le bois de l'accueil qui nous fait si souvent défaut.

Nous sommes ce bois.
Nous sommes cette musique.
Nous sommes la vie.
Et nous croyons tellement être autre chose.