01 mai 2022

19 avril 2022

Interprétation d'un rêve sur base d'un dessin de Yuval Robicheck
On notera d'abord l'absence d'hippopotame, ce qui, en soi, est déjà indicatif des souillures mentales du rêveur. Cela révèle une vacuité volcanique dont les péremptoires offuscations triomphent du nihilisme ambiant. Certes, il y a la figure de Dieu, sous la forme de ce tissu rayé qui s'accroche comme il peut au destin que lui a réservé madame Pervenche, dans le salon, avec la clé anglaise. Soit. On a lu dans le marc de café des soliloques moins obtus.
Passons sur cette trirème qu'Hannibal n'aurait pas reniée - elle n'est là que pour accomplir la parabole du Gestaltgenau fon Leipzig und Kleine Nachtmuzik - et penchons-nous enfin sur la chaise (au départ, ce devait être un tabouret mais ils n'étaient plus de stock chez IKEA). Cette chaise, ce tabouret, ce tabou-chaise, cette chaise est parfaitement tabou, cela va sans dire, et on le comprend à l'aune du mouvement oscillatoire de ce pied dont on ne comprend à qui il appartient en vertu de l'article 1702, alinéa 3, du Code Civil et Rhumatologique (à noter la présence, à la sixième mesure, d'un faux dièse sur le do, greffier, veuillez noter). Ce pied, puisque c'est de lui qu'il s'agit, nous renvoie également à la figure du père, de la mère, du voisin, de l'hôtesse de l'air et des 17 membres du jazz band que ma tante Hortense avait invité dans son jardin pour la Bar Mitsva de son chat dentiste. Ce qui nous amène à l'arbrisseau dont on se demande ce qu'il fait là. Un rien d'ombre, tout au plus. Suivant !

Interprétation d'un rêve sur base de notes
Ce qui est intéressant, dans votre cas, c'est que vous pensiez avoir fait ce rêve. Vous y pensez même tellement, avec une si évidente conviction, que vous avez la certitude qu'il est bien réel. Or, cela m'est apparu pendant que je prenais des notes en vous écoutant, ce rêve, de toute évidence, ne vous appartient pas. Vous vous l'êtes approprié. Ce n'est même pas un transfert, c'est presque du vol, si vous me permettez cette image un peu radicale. Non, ce rêve, croyez-moi, est celui d'un autre. Par contre, il m'est encore difficile de vous dire si c'est le rêve de la cigale, du lycaon ou de la limace. Les pistes se brouillent, vous comprenez ? Chacun de ces trois rêveurs pourrait légitimement prétendre à la paternité, ou à la maternité, du songe en question. Prenez le lycaon, par exemple. Seul lui, a priori, pourrait avoir rêvé qu'on lui faisait des tresses. Mais cette évidence est l'arbre qui cache la forêt des incertitudes. Car si on se réfère aux pissenlits, on est forcé de les attribuer au système onirique de la limace. Au même titre que la chaussure peut être le fruit du seul rêve d'une cigale, vous comprenez ? Alors, vous comprendrez ma perplexité devant tout ceci. Il est certain que ce rêve n'est pas de vous, mais il m'est impossible d'en trouver l'auteur ou l'autrice. Par conséquent, il m'est impossible de l'interpréter. Car ce que je pourrais lire pour le lycaon diffère en tout point de ce que je pourrais lire pour la cigale ou la limace, vous comprenez ? Maintenant, si vous voulez tout de même mon avis sur ce rêve, en partant du principe que c'est bien le vôtre (nous savons que c'est faux mais faisons juste l'exercice), donc, si ce devait être votre produit onirique, je dirais qu'il est temps de consulter et d'envisager une hospitalisation à long terme et lourdement médicamenteuse !

Rêve raconté sur base des notes d'un autre écrivant
Au début, j'étais seul. Je ne sais pas très bien où mais c'était dehors, dans un parc ou un jardin. En tout cas, il y avait un arbre, assez grand mais mince. Et tout à coup, je me vois surgir de derrière cet arbre en faisant tadaaa ! Et je me marre. Puis, un troisième moi surgit à son tour, toujours en faisant tadaaa ! Puis, un quatrième. Et mes plusieurs apparaissent en variant les entrées : il y en a un qui paraît à reculons, un autre en rampant, deux qui sortent ensemble en faisant semblant de se battre et on se marre tous. Puis, on commence à se décomposer. On s'enlève un bras et on le donne au voisin, puis c'est une jambe, la tête, et on s'échange toutes ces parties du corps. Là, je comprends qu'on est tous ivres. Et alors ma mère arrive parce qu'il est tard et que je dois me lever, et elle rit de me voir si plusieurs, elle a son tablier de cuisine avec une cuiller en bois qui sort de la poche, alors elle sort sa cuiller et bat la mesure comme un chef d'orchestre et tous les moi, certains avec trop de bras ou trop de têtes, se mettent à danser et le sol tremble, c'est comme un tremblement de terre, tout est secoué, et l'arbre a disparu. À la place, il y a un fourgon de la gendarmerie, avec son gyrophare qui fonctionne, je suis tout seul et je rentre dedans et je me réveille.

28 mars 2022

15 mars 2022

Lieu où l'on aimerait rêver

C'est une toute petite planète
Qui n'est pas exempte, cependant,
De la prétention des minuscules.
Pardonnable travers
Si l'on tient compte
De ce fait peu commun :
Elle abrite un réverbère.
D'allure parfaitement classique,
Dans un alliage connu de l'univers seul,
Il pointe parfaitement droit
Et trace, avec la sphère sur laquelle il repose,
Le point d'exclamation de votre stupeur.
Nulle lumière, non.
L'instant laisse aux étoiles
Le monopole de la merveille.
Une proposition propice à la rêverie, non ?
C'est cela, installez-vous.
Acceptez, du réverbère, l'invitation
À poser votre dos
Sur sa fraîcheur métallique
Fermez les yeux,
Le temps d'un battement d'éternité.
Puis, ouvrez-les sur l'immensité.
Ça y est, vous avez commencé à rêver.
Vous avez entendu, quelque part,
Le soliloque du renard
Le froissement du crayon sur la laine du mouton
L'enfant qui ne sait ce qu'est le cambouis
Mais sait déjà tout des roses...
Et si vous restez là assez longtemps,
Alors même que vous n'aurez pas vu
La nuit tomber ou le jour se lever,
Vous entendrez le pas habitué
De l'allumeur de réverbère
Qui vous saluera
Tantôt d'un bonsoir,
Tantôt d'un bonjour.


Et toujours sur les traces du Petit Prince, le basculement dans le rêve...

Je t'entends, renard
Je t'entends, rose
Gare à ses épines
Gare à ses canines

J'entends ton mouton,
Petit Prince
Qui n'a pas appris à dessiner
Mais n'a besoin d'autre compagnie
Que celle d'un réverbère
Et d'une mèche
Tantôt de jour
Et tantôt de nuit

J'entends le chant des sphères
Au plus profond du cambouis
Et j'y poserais bien les fondations
D'une rêverie

Mais entendez, à votre tour,
Les interjections de mes bielles
Et la promesse du vent sur mes ailes
Ça y est ! mon moteur tourne
D'un claquement de capot
Je cesserai de jouer à l'immobilité
Je vais bientôt m'ébrouer
Et dans l'azur parader

Voyez les déserts de nuit
Et leurs menaces tapies à l'arête des dunes
Voyez les cimes acérées
Qui dérouleur leurs mâchoires aveugles
Voyez cette terre des hommes
Que je m'applique à faire rougir
En la lorgnant sans innocence
Voyez les lumières inquiètes
Qui implorent du paysage
Le droit de m'accorder l'asile

Voyez tout cela comme je vous ai entendus,
Renard, rose, Petit Prince et réverbère,
Et dites-moi si mes rêves
Ne valent pas ceux d'un écrivain.
 

22 mars 2022

Cela en valait-il la peine ?

Pourquoi ce voile sur mon sourire ?

Pourquoi ce pas hésitant à l’orée de la nuit ?

Ai-je à payer un écot au simple fait de vivre ?

Déjà trois questions.

J’abuse.

Il n’y a pas de quoi en faire tout un poème.

Oh ! rien qu’un tout petit.

Pour la forme.

Pour dire qu’il existe.

Juste entre lui et moi.

Il n’a pas beaucoup d’allure.

Je le trouve même gringalet.

C’est vrai, regardez-le.

On dirait qu’il s’excuse.

Un oisillon a plus d’audace.

Donc, un poème.

Pour quoi ?

Pour un sourire voilé ?

Pour un pas hésitant ?

Tout ça pour ça.





Auderghem, mars 2022

06 mars 2022

Mouvement continu

Cela sans crier gare
À pas de plume
Tout au plus des signaux de fumée
Mais de feu, point
Il a de ces froideurs

Il cultive la discrétion
Comme on feint le néant
En plein flagrant délit
Avec aplomb

Il ne pipe mot
D'ailleurs, il ne sait pas comme il s'épèle

Dites-lui de s'arrêter un moment
Il accélère le mouvement
Col relevé
Gêne
Il ne voulait pas être vu

Il déteste être interrompu
Il sait que c'est possible
Un coucher de soleil
Un enfant qui dort
L'ombre d'un clocher
Un regard de toi
Sont autant de coups d'arrêt
À son entrain trop jovial

Au fond, il est toujours gagnant
Il est le poisson qui ignore l'hameçon
Ça énerve le pêcheur

Mais rien à faire
Il veut et il aura le dernier mot
Il se campe sur nos vies
Qu'il écrase de sa masse
Pourtant, il ne que fait que passer

Le temps
  

14 février 2022

Nocturne

Tu seras celle d'un poème

Tu le verras naître dans le goutte à goutte des mots

Tu l'entendras sourdre en ton nom
Murmure désenchanté, peut-être,
D'une langue qui se voudrait acérée

Tu le verras s'inscrire
Dans l'obscure clarté
Avec la patience du nid qui se construit

Tu l'accueilleras
Dans la coupe de tes mains
À laquelle je m'abreuve
Pour t'écrire cette dédicace...

Nuit



02 février 2022

15 décembre 2021

Raconter un rêve de manière factuelle
Dans ce rêve, j'étais violoncelliste. Mais cela, je ne l'ai su que plus tard. Je ne l'ai compris que plus tard. Ou plutôt, cela m'est apparu comme une possibilité, à travers laquelle j'ai ancré ce rêve dans une toute relative réalité.
Donc, j'étais violoncelliste. Et dans la première partie du rêve, je me trouvais je ne sais où, assis à une table. Et j'entendais une musique que j'ai reconnue pour être une Rêverie de Robert Schumann. Un morceau typiquement romantique, tout en mélancolie, avec des images d'automne. Cette musique était jouée au piano. Je ne voyais pas le pianiste ou la pianiste, j'entendais, c'est tout. Puis, tout d'un coup, le rêve est comme passé à la seconde partie.
J'étais toujours violoncelliste (enfin, c'est une constatation a posteriori, comme j'ai dit), j'étais toujours assis à une table, et j'entendais le même morceau de Schumann, au piano. Sauf que, cette fois, je voyais le pianiste (car c'était un pianiste). Il se trouvait dans une grande salle de concert, sur la scène, éclairée par les spots de sorte qu'on ne voyait pas le public. Car je supposais qu'il y avait un public. Mais ce qui distinguait encore plus cette seconde partie du rêve de la première, c'est que le pianiste ne jouait pas seul. Il était en duo avec un violoncelliste. J'en déduisis donc deux choses : le morceau devait être une adaptation pour deux instruments, et je finirais bien par voir le violoncelliste sur la scène, à côté du piano.
Mais plus le rêve se déroulait, plus je doutais de la présence du violoncelliste. Jusqu'au moment où le doute ne fut plus permis. Il n'y avait aucun autre musicien sur cette scène, dans cette grande salle de concert dont j'avais entre-temps constaté la vacuité. Le violoncelle que j'entendais, j'en suis sûr maintenant, c'est moi qui en jouais. Quelque part, ailleurs dans mon rêve, je jouais cette mélodie au violoncelle.

Un rêve s'adresse au rêveur
Monsieur, vous venez de rêver, et je suis votre rêve.
Eh bien, je suis déçu, monsieur ! Pour tout vous dire, j'espérais mieux. J'espérais plus. Vous aviez de quoi déployer les ailes d'un condor, et vous avez à peine ouvert les ailes d'un moineau. C'était petit, monsieur. C'était mesquin. Ou du moins timide, terriblement timide ! Vous vous offusquez ? Permettez-moi de l'être davantage. Vous êtes d'une nature finie, monsieur. Si, vous êtes d'une nature finie, ne protestez pas. La question de la finitude occupe d'ailleurs une place quasiment infinie, excusez du paradoxe, dans le champ des pensées humaines. Au contraire, moi, je suis d'une nature infinie. Et ne faites pas cette moue, non, je ne suis pas prétentieux. C'est l'exacte vérité, monsieur. Un rêve est infini, un rêve n'a pas de limites. Alors, cette réduction que vous avez opérée à mon encontre va à l'encontre, justement, de ma nature profonde. Je suis là pour rétablir la justice. Et je veux vous éclairer pour que cela ne se reproduise plus.

Monsieur, je viens de vous rêver, et je suis votre rêveur.
À ce titre, monsieur, je n'ai à recevoir de vous aucune leçon. Il me semble, monsieur, que la colère vous égare et vous aveugle, car vous semblez oublier que si vous existez, c'est grâce à moi. À ce que je sache, pas de rêve sans rêveur. C'est-à-dire que sans moi, pfuit !, vous disparaissez, vous redevenez néant, et tout ce que vous venez de me dire s'efface avec vous. Et seuls mes mots continueront à couvrir ces pages. Tout cela pour vous dire, monsieur, que je n'ai de correction à recevoir d'aucun songe, d'aucune rêverie, d'aucun cauchemar !

Monsieur, si je n'étais que le produit de votre création, comment expliquez-vous que je continue d'exister - la meilleure preuve en étant ces lignes qui s'écrivent - que je continue d'exister, donc, alors même que vous êtes éveillé ? Si votre théorie tenait debout, je devrais avoir cessé d'exister aussitôt votre réveil survenu. Or, je suis toujours là, monsieur. Comment expliquez-vous cela ?

Monsieur, mais c'est parce que je rêve encore, tout simplement. Ce n'est pas bien difficile à comprendre. Ne vous croyez pas une capacité à exister par vous-même, monsieur. Vous n'êtes là que parce que je vous entretiens. Dès que ma conscience s'éveillera, vous vous évaporerez instantanément. Et il n'est même pas dit que je ne me souviendrais de vous.

Monsieur, ce que vous me dites me trouble. Non que vous ayez raison, cela, fort heureusement, n'est pas le cas. Non, monsieur, ce qui me trouble, et me navre, c'est votre ignorance de la chose onirique. Quoi, vous ignorez donc que les rêves existent par eux-mêmes ? Et qu'ils s'invitent dans votre sommeil au gré de leur fantaisie ?

Monsieur, vous rêvez !

Non, monsieur, c'est vous qui rêvez, vous l'avez dit vous-même. Mais enfin, monsieur, comment cela est-il possible ? Et le théories de Freud ? Ou de Jung ?

Monsieur, Freud ou Jung étaient des charlatans qui n'auraient jamais pensé introduire des poules dans un concert ! Toutes leurs théories sont du vent. Je vous dis, monsieur, que rêves et rêveurs forment deux entités à part, et que les premiers existent sans avoir besoin des seconds.

Mais, monsieur, si je m'éveille à l'instant...

Mais vous êtes éveillé, monsieur, dans un rêve : moi. Et à ce propos, je voudrais revenir sur ce qui m'a amené à vous causer, c'est-à-dire la petitesse d'esprit avec laquelle vous m'avez déroulé.

Mais enfin, monsieur, si tel était le cas, cela justifierait bien l'idée selon laquelle ce sont les rêveurs qui produisent les rêves. Vous vous contredisez, monsieur.

Monsieur, nous sommes dans un rêve. Il n'y a pas de contradiction. Il y a des poules à un concert, et un rêve qui vous parle, et ce Titanic qui vous voyez danser n'a pas de bretelles, alors, accrochez vus pommes avant l'assaut final de la brigade sur le nid du condor la la la la la la la la la la (sur l'air de El Condor Pasa)...

06 janvier 2022

Plus haut

Non, tu n'auras pas mon cœur, ce soir,
    mélancolie
Ce soir, j'entends des notes de joie
Je plonge les mains dans la glaise
Pour façonner une certaine idée d'un
    sourire
Et le greffer à ce cœur que tu convoites en vain

Non, tu n'auras pas mon âme, ce soir,
    idée noire
Ce soir, j'ai les pieds qui dansent
Et la tête qui tutoie les sphères
Entre les deux, je vois poindre un
    éclat d'aube
Dans le taillis fertile de mon âme

Non, tu n'auras pas ma vie, ce soir,
    sombre pensée
Ce soir, j'ai prêté allégeance aux
Chevaliers de mon enfance
Je leur ai promis de les laisser là où ils étaient
Et de les
    protéger,
toujours, de ces regards en miroir sur les jours d'antan

Ce soir, j'ai couru sous l'orage
Et même si je n'ai pas vu la lune,
Je crois à sa magie
Le cristal qu'elle renferme est aussi celui que cèlent
mon cœur
mon âme
ma vie

Chacun de ses éclats est une
    respiration
qui l'élève.
Bonheur est son nom
Et je veux le prononcer
De tout mon cœur
De toute mon âme
De toute ma vie