06 mars 2022

Mouvement continu

Cela sans crier gare
À pas de plume
Tout au plus des signaux de fumée
Mais de feu, point
Il a de ces froideurs

Il cultive la discrétion
Comme on feint le néant
En plein flagrant délit
Avec aplomb

Il ne pipe mot
D'ailleurs, il ne sait pas comme il s'épèle

Dites-lui de s'arrêter un moment
Il accélère le mouvement
Col relevé
Gêne
Il ne voulait pas être vu

Il déteste être interrompu
Il sait que c'est possible
Un coucher de soleil
Un enfant qui dort
L'ombre d'un clocher
Un regard de toi
Sont autant de coups d'arrêt
À son entrain trop jovial

Au fond, il est toujours gagnant
Il est le poisson qui ignore l'hameçon
Ça énerve le pêcheur

Mais rien à faire
Il veut et il aura le dernier mot
Il se campe sur nos vies
Qu'il écrase de sa masse
Pourtant, il ne que fait que passer

Le temps
  

14 février 2022

Nocturne

Tu seras celle d'un poème

Tu le verras naître dans le goutte à goutte des mots

Tu l'entendras sourdre en ton nom
Murmure désenchanté, peut-être,
D'une langue qui se voudrait acérée

Tu le verras s'inscrire
Dans l'obscure clarté
Avec la patience du nid qui se construit

Tu l'accueilleras
Dans la coupe de tes mains
À laquelle je m'abreuve
Pour t'écrire cette dédicace...

Nuit



02 février 2022

15 décembre 2021

Raconter un rêve de manière factuelle
Dans ce rêve, j'étais violoncelliste. Mais cela, je ne l'ai su que plus tard. Je ne l'ai compris que plus tard. Ou plutôt, cela m'est apparu comme une possibilité, à travers laquelle j'ai ancré ce rêve dans une toute relative réalité.
Donc, j'étais violoncelliste. Et dans la première partie du rêve, je me trouvais je ne sais où, assis à une table. Et j'entendais une musique que j'ai reconnue pour être une Rêverie de Robert Schumann. Un morceau typiquement romantique, tout en mélancolie, avec des images d'automne. Cette musique était jouée au piano. Je ne voyais pas le pianiste ou la pianiste, j'entendais, c'est tout. Puis, tout d'un coup, le rêve est comme passé à la seconde partie.
J'étais toujours violoncelliste (enfin, c'est une constatation a posteriori, comme j'ai dit), j'étais toujours assis à une table, et j'entendais le même morceau de Schumann, au piano. Sauf que, cette fois, je voyais le pianiste (car c'était un pianiste). Il se trouvait dans une grande salle de concert, sur la scène, éclairée par les spots de sorte qu'on ne voyait pas le public. Car je supposais qu'il y avait un public. Mais ce qui distinguait encore plus cette seconde partie du rêve de la première, c'est que le pianiste ne jouait pas seul. Il était en duo avec un violoncelliste. J'en déduisis donc deux choses : le morceau devait être une adaptation pour deux instruments, et je finirais bien par voir le violoncelliste sur la scène, à côté du piano.
Mais plus le rêve se déroulait, plus je doutais de la présence du violoncelliste. Jusqu'au moment où le doute ne fut plus permis. Il n'y avait aucun autre musicien sur cette scène, dans cette grande salle de concert dont j'avais entre-temps constaté la vacuité. Le violoncelle que j'entendais, j'en suis sûr maintenant, c'est moi qui en jouais. Quelque part, ailleurs dans mon rêve, je jouais cette mélodie au violoncelle.

Un rêve s'adresse au rêveur
Monsieur, vous venez de rêver, et je suis votre rêve.
Eh bien, je suis déçu, monsieur ! Pour tout vous dire, j'espérais mieux. J'espérais plus. Vous aviez de quoi déployer les ailes d'un condor, et vous avez à peine ouvert les ailes d'un moineau. C'était petit, monsieur. C'était mesquin. Ou du moins timide, terriblement timide ! Vous vous offusquez ? Permettez-moi de l'être davantage. Vous êtes d'une nature finie, monsieur. Si, vous êtes d'une nature finie, ne protestez pas. La question de la finitude occupe d'ailleurs une place quasiment infinie, excusez du paradoxe, dans le champ des pensées humaines. Au contraire, moi, je suis d'une nature infinie. Et ne faites pas cette moue, non, je ne suis pas prétentieux. C'est l'exacte vérité, monsieur. Un rêve est infini, un rêve n'a pas de limites. Alors, cette réduction que vous avez opérée à mon encontre va à l'encontre, justement, de ma nature profonde. Je suis là pour rétablir la justice. Et je veux vous éclairer pour que cela ne se reproduise plus.

Monsieur, je viens de vous rêver, et je suis votre rêveur.
À ce titre, monsieur, je n'ai à recevoir de vous aucune leçon. Il me semble, monsieur, que la colère vous égare et vous aveugle, car vous semblez oublier que si vous existez, c'est grâce à moi. À ce que je sache, pas de rêve sans rêveur. C'est-à-dire que sans moi, pfuit !, vous disparaissez, vous redevenez néant, et tout ce que vous venez de me dire s'efface avec vous. Et seuls mes mots continueront à couvrir ces pages. Tout cela pour vous dire, monsieur, que je n'ai de correction à recevoir d'aucun songe, d'aucune rêverie, d'aucun cauchemar !

Monsieur, si je n'étais que le produit de votre création, comment expliquez-vous que je continue d'exister - la meilleure preuve en étant ces lignes qui s'écrivent - que je continue d'exister, donc, alors même que vous êtes éveillé ? Si votre théorie tenait debout, je devrais avoir cessé d'exister aussitôt votre réveil survenu. Or, je suis toujours là, monsieur. Comment expliquez-vous cela ?

Monsieur, mais c'est parce que je rêve encore, tout simplement. Ce n'est pas bien difficile à comprendre. Ne vous croyez pas une capacité à exister par vous-même, monsieur. Vous n'êtes là que parce que je vous entretiens. Dès que ma conscience s'éveillera, vous vous évaporerez instantanément. Et il n'est même pas dit que je ne me souviendrais de vous.

Monsieur, ce que vous me dites me trouble. Non que vous ayez raison, cela, fort heureusement, n'est pas le cas. Non, monsieur, ce qui me trouble, et me navre, c'est votre ignorance de la chose onirique. Quoi, vous ignorez donc que les rêves existent par eux-mêmes ? Et qu'ils s'invitent dans votre sommeil au gré de leur fantaisie ?

Monsieur, vous rêvez !

Non, monsieur, c'est vous qui rêvez, vous l'avez dit vous-même. Mais enfin, monsieur, comment cela est-il possible ? Et le théories de Freud ? Ou de Jung ?

Monsieur, Freud ou Jung étaient des charlatans qui n'auraient jamais pensé introduire des poules dans un concert ! Toutes leurs théories sont du vent. Je vous dis, monsieur, que rêves et rêveurs forment deux entités à part, et que les premiers existent sans avoir besoin des seconds.

Mais, monsieur, si je m'éveille à l'instant...

Mais vous êtes éveillé, monsieur, dans un rêve : moi. Et à ce propos, je voudrais revenir sur ce qui m'a amené à vous causer, c'est-à-dire la petitesse d'esprit avec laquelle vous m'avez déroulé.

Mais enfin, monsieur, si tel était le cas, cela justifierait bien l'idée selon laquelle ce sont les rêveurs qui produisent les rêves. Vous vous contredisez, monsieur.

Monsieur, nous sommes dans un rêve. Il n'y a pas de contradiction. Il y a des poules à un concert, et un rêve qui vous parle, et ce Titanic qui vous voyez danser n'a pas de bretelles, alors, accrochez vus pommes avant l'assaut final de la brigade sur le nid du condor la la la la la la la la la la (sur l'air de El Condor Pasa)...

06 janvier 2022

Plus haut

Non, tu n'auras pas mon cœur, ce soir,
    mélancolie
Ce soir, j'entends des notes de joie
Je plonge les mains dans la glaise
Pour façonner une certaine idée d'un
    sourire
Et le greffer à ce cœur que tu convoites en vain

Non, tu n'auras pas mon âme, ce soir,
    idée noire
Ce soir, j'ai les pieds qui dansent
Et la tête qui tutoie les sphères
Entre les deux, je vois poindre un
    éclat d'aube
Dans le taillis fertile de mon âme

Non, tu n'auras pas ma vie, ce soir,
    sombre pensée
Ce soir, j'ai prêté allégeance aux
Chevaliers de mon enfance
Je leur ai promis de les laisser là où ils étaient
Et de les
    protéger,
toujours, de ces regards en miroir sur les jours d'antan

Ce soir, j'ai couru sous l'orage
Et même si je n'ai pas vu la lune,
Je crois à sa magie
Le cristal qu'elle renferme est aussi celui que cèlent
mon cœur
mon âme
ma vie

Chacun de ses éclats est une
    respiration
qui l'élève.
Bonheur est son nom
Et je veux le prononcer
De tout mon cœur
De toute mon âme
De toute ma vie

16 décembre 2021

Lueur

Ils ne l’ont pas comprise.

Cette lueur-là, ils n’ont pas su quoi en dire.

Le verbe a fait défaut.

À peine était-il temps de l’apprivoiser

Qu’elle a tout occulté de son éclat.

Trop sûre de sa présence,

Elle ne leur a même pas accordé le droit à

Une once d’embarras devant tant de splendeur.

Une lueur dévoreuse qui laisse pantois

Même le plus blasé des regards.

Elle avait d’ailleurs joué la surprise,

Avait délaissé les effets d’annonce.

Pas besoin.

La surprise, c’était son truc.

Jaillir, et puis s’en va.

Ah  ! Elle savait qu’elle allait se jouer d’eux.

Ils ne verraient rien venir.

Ils ne verraient rien partir.

Ils ne verraient plus rien après elle.

Elle allait trop leur faire voir.

Alors, sûre de son effet,

Elle est montée, presque lentement.

Inexorablement, en tout cas.

Ange furibond qui déploie ses rayons

Sur le troupeau abasourdi.

Elle a tutoyé le firmament

De son impétuosité.

Elle leur a révélé leur maîtresse.

Ils ont goûté ses chaînes et perçu leur oubli.

Ils se sont ébahis.

Même pas.

Pas eu le temps.

La lueur avait trop faim de leurs cris.

Impatiente, elle ne leur pas concédé

Une seconde de devenir,

Une seconde d’avenir,

Une seconde de promesse.

Ce matin-là, la lueur a eu un rire mauvais

Dans le ciel d’Hiroshima.




                                                                                                        Auderghem, décembre 2021

07 décembre 2021

Cœur léger

Dis-moi, t'arrive-t-il de battre quelque sarabande,
Joyeux,
Ou préfères-tu les sirènes obscures ?


Dis-moi, je pourrais te présenter d'autres paysages
Joyeux
Et t'accompagner hors des sentiers d'ombre.


Dis-moi, on se ferait toute la gamme des états
Joyeux
Pour mieux danser l'éveil qui se promet à nous.


Dis-moi, serais-tu prêt à battre au rythme d'une espérance,
Joyeux,
Et à m'entraîner dans le vertige ?

01 décembre 2021

Cendres

Quelle joie me promet cette mélancolie ?
Quelle fête ?
En quel pays de cendres ?

Une aubaine me nargue, elle connaît ma lenteur.
Je la trompe. Je prends tout mon temps. Par un fait exprès, je laisse les minutes diluer leur saveur dans la coupe de l'attente.

L'aubaine se décourage avant moi et devient patience.
Elle se prépare à la danse, elle revêt ses atours de braise et laisse sourdre sa chaleur.

Je m'y réconcilie avec demain.
Car demain sera cette joie.
Car demain sera cette fête.
Sur son lit de cendres froides, il me verra en paix.